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Faut-il ouvrir la procréation médicale assistée (PMA) à toutes les femmes ?

Avec les contributions de Laurence Cohen, sénatrice du Val-de-Marne, responsable de la commission Droits des femmes/féminisme du PCF, Jean-Pierre Winter, psychanalyste et Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT.

Rappel des faits. Alors que la loi sur le mariage pour tous devait statuer sur la PMA, il n’en a rien été en raison des franges les plus réactionnaires de la société. Aujourd’hui, le débat ressurgit.

  • Il faut mettre fin à une discrimination par Laurence Cohen, sénatrice du Val-de-Marne, responsable de la commission Droits des femmes/féminisme du PCF

Ce qui est étonnant, c’est qu’on en soit encore à se poser la question en 2017 ! Souvenons-nous que l’ouverture de la PMA à toutes les femmes devait figurer dans le projet de loi du mariage pour toutes et tous, puis dans un autre, dédié à la famille, qui n’a finalement jamais vu le jour. De promesse en promesse, ce sujet est devenu une véritable ­Arlésienne, et le gouvernement actuel est tout autant ambigu et contradictoire dans ses déclarations que celui du précédent quinquennat. Comme tout sujet dit sociétal et éthique, il comporte un côté passionnel, avec toutes les caricatures et les crispations possibles entre les pro et les anti. Notre pays reste marqué par de vifs débats lors du droit à l’IVG ou, plus récemment, lors de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe. Mais, pour moi, ces affrontements idéologiques ne doivent pas être un prétexte à l’immobilisme. La généralisation de la PMA permettrait de mettre fin à une discrimination et à une hypocrisie totale, puisque du fait de l’interdiction en France, de nombreuses personnes se rendent dans les pays voisins – Belgique, Espagne, par exemple –, où la PMA est autorisée.

On marche sur la tête puisqu’on permet à la conjointe mariée d’adopter l’enfant conçu par PMA à l’étranger, mais on ne permet pas de le concevoir en France ! Sans parler des inégalités financières que cela engendre puisque tous les couples n’ont pas les moyens d’y avoir recours !

Certes, le mariage pour les personnes entre même sexe permet désormais l’adoption par les couples homosexuels, mais, d’une part, on sait très bien que, dans les faits, c’est un terrible parcours du combattant ; d’autre part, comme pour les couples hétérosexuels, l’adoption ne relève pas de la même démarche vis-à-vis de la parentalité. Cela doit rester un choix, et non l’unique possibilité, surtout quand on sait qu’elle a des chances infimes d’aboutir.

Les couples de femmes ou les femmes célibataires doivent avoir le même droit d’accéder à la parentalité que les couples hétérosexuels, sous les mêmes conditions. Ni plus, ni moins !

C’est une question d’égalité de traitement, de reconnaissance des différents schémas familiaux. L’un des arguments des opposants est de dire qu’après la PMA, il sera question de gestation pour autrui (GPA). Mais les termes du débat sont complètement différents entre PMA et GPA. Pour la PMA, la mère biologique ne fera pas don ou ne vendra pas son enfant à des parents d’intention, contrairement à la GPA où il s’agit d’acheter ou de louer le ventre d’une femme pendant neuf mois, avec toutes les implications que suppose une grossesse. Nous sommes ici dans la marchandisation des corps, raison pour laquelle j’y suis totalement opposée.

De plus, dans le cadre d’une GPA, il n’y a pas discrimination entre hétérosexuels et homosexuels, puisque la GPA est tout aussi interdite en France pour les couples hétérosexuels.

La généralisation de la PMA a pour objectif de mettre fin à une inégalité entre les citoyen-n-e-s, en fonction de leur orientation sexuelle ou de leur situation matrimoniale, face à un droit existant !

Parlementaire féministe et communiste, je continuerai donc à participer à toutes les mobilisations en faveur de ce droit et à contribuer, au Sénat, à faire entendre cette voix. D’autant que le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’est déclaré, en juin dernier, favorable à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Assez de tergiversations, ne laissons pas les conservateurs et les réactionnaires faire la loi dans ce pays ! Généralisons cette pratique qui existe de l’autre côté de nos frontières ! 

  • Une urgence sociale ! par Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT

En 2013, le retrait de la PMA du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe a amené les députés à voter une loi incomplète qui renforce les inégalités sociales et favorise des risques sanitaires. Alors que les familles monoparentales et homoparentales sont reconnues par l’État, les femmes célibataires ou en couple lesbien doivent se rendre à l’étranger pour fonder une famille. Quelle absurdité ! Laissons les femmes décider pour elles-mêmes. Il est grand temps de faire confiance aux femmes, en leur capacité de choisir quand et avec qui elles veulent fonder une famille. Pourquoi ne cesse-t-on de s’interroger sur la possibilité pour les femmes de bénéficier des progrès de la médecine en matière de reproduction ? A-t-on eu besoin d’un grand débat de société pour autoriser le Viagra ? S’est-on jamais préoccupé des conséquences d’une paternité tardive sur l’enfant ? Pourquoi s’interroge-t-on aujourd’hui sur la conservation des ovocytes, sans jamais disserter sur l’opportunité de conserver les spermatozoïdes ? Fonder une famille par PMA est une démarche longue, l’aboutissement d’un projet bien réfléchi dont toutes les conséquences ont été envisagées et discutées.

Aidons les femmes à concilier vie familiale et carrière professionnelle. On ne peut dissocier la question de l’accès à la PMA du contexte socio-économique. Aujourd’hui, l’âge de la maternité ne cesse de reculer et la fertilité baissant avec l’âge, les enfants nés de PMA sont de plus en plus nombreux. En effet, avec l’âge moyen du premier CDI à 27 ans, il ne reste qu’une poignée d’années pour fonder une famille, à l’âge où se joue aussi l’évolution des carrières. Encore une fois, ce sont les femmes qui doivent se sacrifier et renoncer à certains emplois ou promotions pour ne pas repousser un projet parental au risque de se retrouver infertiles – ou simplement célibataires.

Luttons contre les inégalités entre les femmes. Pourquoi permettre à certaines femmes l’accès à la PMA et le refuser à d’autres, au simple vu de leur statut conjugal ? Y a-t-il des couples plus légitimes que d’autres ? Des citoyennes de seconde classe ? La situation actuelle ne fait que renforcer les inégalités : les plus riches peuvent se déplacer à l’étranger et débourser des milliers, voire des dizaines de milliers d’euros. Les plus pauvres doivent se contenter d’un père choisi par défaut ou recourir à des inséminations artisanales sans aucune garantie sur le donneur. Ouvrir la PMA, c’est permettre à toutes, même à celles qui n’ont pas rencontré de partenaire, de ne pas renoncer à avoir des enfants.

Nous avons suffisamment attendu. Le Comité consultatif national d’éthique et le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes se sont prononcés favorablement. Médecins et patientes y sont favorables, comme 64 % des Français. Nous bénéficions de l’expérience très positive de nos voisins européens. Ne laissons plus attiser la haine sous couvert de débat ! Nous ne voulons plus entendre les réactionnaires de tout poil stigmatiser les familles homoparentales et les mères célibataires. La PMA n’est pas un chiffon rouge que le gouvernement peut agiter pour détourner l’attention de ses réformes impopulaires…

Il est urgent de laisser les femmes décider de leur vie : donnons-leur les moyens de réellement choisir leur maternité en ouvrant la PMA et la conservation des ovocytes ! 

 

Fuente: https://www.humanite.fr/faut-il-ouvrir-la-procreation-medicale-assistee-pma-toutes-les-femmes-643829

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